LA GENÈSE DU PANTHÉON BOTANIQUE
Faire pousser la mémoire - Une promesse d’avenir...
L’origine du projet : d’un voyage à Guernesey au bouleversement du Covid.
C’est lors d’une promenade avec ma femme sur l’île de Guernesey que l’idée est née. Au pied du « Chêne des États-Unis d’Europe », planté par Victor Hugo en 1870 dans le jardin de sa maison, j’ai ramassé des glands tombés de ce chêne. À l’origine, comme l’explique la lettre ouverte à Victor Hugo, ces graines devaient servir le projet d’un hommage à l’écrivain à l’occasion des 150 ans de ce chêne. Au total, 28 « enfants » de ce chêne devaient partir des Champs Élysées après le défilé du 14 juillet pour parcourir un long voyage et prendre racine dans chacun des 28 pays d’Europe. Tout était prêt mais la crise du Covid-19 est arrivée…
Pendant le confinement, ces petits glands de Guernesey ont commencé à germer, en silence. En les regardant, l’idée a grandi en moi. Je me suis dit : pourquoi ne pas faire vivre la mémoire ? Pourquoi toujours la représenter dans quelque chose de figé ? Pourquoi ne pas planter un arbre pour quelqu’un que l’on veut honorer ? Pour nous, rendre hommage à un être cher, c’est aussi célébrer cette force extraordinaire et résiliante qu’est la nature.
Aujourd’hui, à deux pas de l’ancienne Chartreuse de Valprofonde, notre parc en devenir de 3 hectares fait revivre l’Histoire. Nous marchons ici dans les pas du célèbre botaniste du Roi, Jean Robin, qui planta le premier robinier de France au XVIIe siècle. À notre tour, nous unissons la nature et la culture : derrière chaque arbre, il y a un nom. Derrière chaque nom, il y a une histoire.
Deux mémoires qui se croisent : l’Histoire et l’Intime.
Pour autant, au Panthéon Botanique, les racines ne font pas de différence entre les destins hors du commun et les vies plus discrètes. Le parc est un espace de dialogue où se rencontrent deux formes de mémoire indispensables l’une à l’autre :
- L’héritage des grands esprits : des arbres qui portent le nom de celles et ceux qui ont façonné notre culture, notre littérature ou notre science. Planter un arbre pour Albert Camus, Simone de Beauvoir ou, plus récemment, un cyprès de Florence pour Boris Vian, c’est donner une forme végétale à leurs idées. Leurs textes étaient libres et vibrants ; leurs arbres le sont aussi.
- Le sanctuaire des mémoires intimes : à côté de ces figures illustres, le parc accueille des arbres plantés pour des parents, des amis, des visages aimés. Pour Maurice, pour Bernard, et pour tant d’autres. Ces personnes ont bousculé et illuminé nos vies. Nous croyons profondément que cette mémoire anonyme est tout aussi sacrée. En inscrivant ces noms dans le paysage, nous leur offrons un écrin d’éternité.
Une philosophie de l’espoir : le pari du vivant.
Comme chacun le sait, planter un arbre aujourd’hui n’est plus seulement un symbole, c’est un acte de survie indispensable.
Planter un arbre est, par essence, un acte tourné vers l’avenir. C’est accepter de faire un cadeau à des générations que nous ne connaîtrons jamais. La nature nous enseigne une leçon fondamentale : rien n’est immobile. Un arbre grandit, traverse les tempêtes, accueille la pluie, le vent et les oiseaux. En associant un nom à un végétal, la mémoire devient une matière vivante.
Notre démarche repose sur une conviction : une vie ne s’arrête pas complètement au moment où elle s’achève. Le Panthéon Botanique est un pont entre le passé et le futur.
« Je sais que je ne verrai peut-être pas ce que cet arbre deviendra. Mais je le plante quand même. »
C’est cette idée magique qu’un jour, dans dix ou vingt ans, un enfant qui n’a jamais entendu parler de Boris Vian ou d’un proche disparu lèvera les yeux vers les branches. Il posera cette question toute simple : « C’est qui ? ». Quelqu’un lui répondra, une histoire sera transmise, et ce jour-là, la mémoire aura gagné une nouvelle vie. C’est cela, notre plus belle définition de l’espoir.
Des remerciements du fond du cœur.
Merci à toutes celles et ceux qui donnent de leur temps et de leur énergie pour faire vivre ce lieu. Ce projet un peu fou ne serait rien sans vous. Un merci tout particulier à mon épouse, mon binôme de vie, qui m’aide à garder les pieds sur terre et la tête dans les étoiles.
Un arbre tout seul est magnifique. Mais un arbre entouré de personnes qui se souviennent, c’est une tout autre histoire. Alors plantons, et faisons pousser la mémoire.